Ce QCM qui déplaît aux taxis et…aux VTC
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Ils sont présentés sous le même sigle «VTC» et pourtant ils se font la «guerre», ne sont pas invités aux même réunions par le médiateur et ne manifestent pas en même temps. Qui sont-ils ? Pourquoi cette fracture ? Explications par Guillaume Errard

Ils sont présentés sous le même sigle «VTC» et pourtant ils se font la «guerre», ne sont pas invités aux même réunions par le médiateur et ne manifestent pas en même temps. Qui sont-ils ? Pourquoi cette fracture ? Explications.

Par Guillaume Errard Publié le 5 février 2016 à 07:08, mis à jour le 5 février 2016 à 17:24

Vous pensiez que la colère des taxis se résumait à un conflit avec les VTC? Vous n’aviez pas tout à fait tort mais la situation est plus compliquée que cela. Car ce que vous ne saviez peut-être pas c’est qu’au sein même des VTC, les situations divergent. Un exemple? Hier jeudi, le médiateur, Laurent Grandguillaume, avait prévu deux rencontres avec des représentants de VTC: l’une avec les organisations et autres associations de VTC et l’autre avec les plateformes numériques. Pourquoi ces deux réunions séparées? « Les plateformes ne sont pas des transporteurs », soutient Paul Risbourg secrétaire général de la CSNERT, première fédération patronale des sociétés de VTC . Ils font un métier différent du nôtre. Maintenant, on ne peut pas les supprimer étant donné leur volume d’affaires». Preuve que ces deux acteurs ne sont pas sur la même longueur d’onde, les plateformes ont participé mercredi à une manifestation mais pas les représentants de chauffeurs…

  • Chauffeurs de VTC

Créée en 2009, cette profession était plus connue sous le nom de «véhicules de tourisme avec chauffeur» et dépendait du ministère du Tourisme. En 2014, elle a été rebaptisée «véhicules de transport de chauffeurs», avec comme ministre de tutelle, celui des Transports. Un chauffeur VTC a deux voies possibles: soit il crée sa propre entreprise (exploitant), soit il travaille en indépendant. « Aujourd’hui, on compte 15.000 chauffeurs VTC en France, dont 10.000 en Ile-de-France. 90% sont indépendants », précise Paul Risbourg. En difficulté financière, les indépendants réclament des hausses de salaire. Plusieurs applications ont en effet baissé leurs tarifs, sans pour autant changer leur commission, ce qui a réduit d’autant leurs revenus. C’est pourquoi ils exigent une tarification minimale d’1,5 euros par kilomètre, avec une course minimale de 15 euros.

Et pour mieux se faire entendre, les chauffeurs de VTC ont créé, il y a trois mois, leur propre syndicat, le premier en l’occurrence. De son nom Unsa SCP VTC, il forme avec la fédération patronale (CSNERT), une intersyndicale. Les deux organisations dénoncent la pression à la baisse sur les tarifs des courses imposée par les plateformes de VTC. Ces start-ups sont donc responsables, selon le syndicat, de la paupérisation de la profession. «Il est clair que la société Uber est là pour détruire le marché du taxi en s’appuyant sur une législation qui n’est pas claire et en se servant de personnes (les chauffeurs de VTC) dans le besoin, quitte à les inciter à être au bord de la légalité», s’insurge Sayah Baaroun, secrétaire général d’Unsa SCP VTC.

  • Plateformes de VTC

Uber, Chauffeur-Privé ou Snapcar sont les plus connues. Ces start-ups sont accusées en abaissant fortement leur prix d’avoir affaibli financièrement les chauffeurs de taxi tant au niveau de leur chiffre d’affaires que du prix de leur licence. «Le chiffre d’affaires moyen des VTC s’élève à 30 millions d’euros – et nous perdons de l’argent – quand celui des taxis atteint 3,6 milliards d’euros», répond Yann Hascoët, président et fondateur de Chauffeur-Privé. Taxis comme VTC les accusent de «concurrence déloyale» et leur reprochent d’inciter les chauffeurs de VTC à se mettre en autoentrepreneur pour ne pas avoir à les embaucher. Dans le sillage d’Uber, et parfois avant lui, les sociétés de VTC foisonnent comme LeCab, Chauffeur Privé, Marcel, etc., ainsi que les offres de type covoiturage, comme BlaBlaCar sur les longues distances ou Heetch et Mapool (motos).

  • LOTI

C’est le «nouveau venu» dans le conflit. En ce sens qu’on n’en avait pas trop entendu parler jusque-là. Les VTC, comme les taxis d’ailleurs, ont la possibilité de prendre une licence VTC ou LOTI. Créé il y a cinq ans, ce statut attire de plus en plus de chauffeurs. En effet, les chauffeurs «LOTI» suivent une formation plus courte (3 semaines contre 250 heures pour les VTC et depuis mercredi un examen sous forme de QCM) et surtout moins chère que les VTC (1500 euros contre 2000 euros). Un atout non négligeable surtout pour les plateformes à la recherche de chauffeurs indépendants. «Les plateformes détournent la règle car le statut LOTI est destiné aux chauffeurs qui veulent créer leur d’entreprise et non pas devenir indépendant», précise Paul Risbourg.
Autre règle: les «LOTI» sont censés transporter au moins deux personnes (contre une seule pour les VTC). Problème : certains chauffeurs détourneraient la règle et ne prendraient qu’un seul client. «Le nerf de la guerre c’est d’avoir des clients», glisse Paul Risbourg.

De 10% à 40% des chauffeurs de compagnies réputées travailler avec des VTC exerceraient en fait comme LOTI. Jusque-là plutôt discrète, cette activité représenterait 70% de leur chiffre d’affaires, selon le vice-président de l’association AMT. Conséquence: le gouvernement a exigé que les plateformes envoient d’ici le 28 février leur liste d’exploitants pour vérifier qu’il n’y a aucun détournement de la loi. Très soutenus par les plateformes telles qu’Uber ou Snapcar, ils seraient environ 10.000 en France. Autant d’emplois détruits si ces chauffeurs LOTI ne peuvent plus avoir accès aux plateformes, dénoncent ces dernières.